RESSOURCES HUMAINES | Sous l’angle de la médiation |

RESSOURCES HUMAINES | Sous l’angle de la médiation |

La loi « liberté de choisir son avenir professionnel pour tous » a propulsé sur le devant de la scène économique française une valorisation des modes d’apprentissages par le terrain.

Le contrat d’apprentissage, si souvent abordé comme le dernier recours, redevient une opportunité de professionnalisation et d’acquisition de compétences.

En donnant de la place aux apprenants qui pourront choisir les meilleures filières, en favorisant l’utilisation des nouvelles technologies pour permettre les entrées et sorties permanentes, en libérant les possibilités d’entrées plus tardives en termes d’âge, cette loi repositionne aussi les CFA et les entreprises qui accueillent des apprentis dans leur rôle conjoint d’apprenant et d’accompagnant d’insertion professionnelle.

Là, où il y avait « moyens à mettre en œuvre », il faudra instituer « résultats à fournir », et notamment aborder une posture offensive quant au nombre de rupture de contrat qui se situe entre 25 et 30%. Des initiatives existent bien sûr, certains sont plus avancés que d’autres dans le suivi, le poste de chargé des relations entreprises a été créé dans quelques CFA, le modèle des compagnons du devoir nous donne aussi quelques pistes.

Il n’en reste pas moins que de part et d’autre, le contrat d’apprentissage n’est pas regardé sous l’angle tripartite quand il s’agit de mettre en œuvre une médiation pour aider au maintien d’un contrat.

La Loi devient exigeante quant à la qualité du suivi du jeune en contrat et son point de vue regardé comme un indicateur qualitatif.

Les problématiques sont plurielles, elles peuvent avoir plusieurs sources qui se conjuguent. Difficultés cognitives, relationnelles, culturelles, éducationnelles, de santé. Une personne dotée de la meilleure volonté du monde ne peut éclairer seule une situation, il est indispensable de s’appuyer sur des compétences plurielles pour y faire face en interne mais aussi en appui externe car pour les mineurs comme pour certains majeurs, la protection, l’accompagnement, le soutien impliquent aussi la mobilisation d’un réseau d’intervenants sociaux.

La médiation est un métier à part entière et si les compétences de communication, de commerce , de marketing sont utiles et fertiles dans la signature d’un contrat et dans le lien avec l’entreprise, dans le maintien de ce contrat, il est nécessaire aussi de savoir mener des entretiens, savoir rappeler la loi sans braquer, guider un jeune dans son autonomie, faire preuve d’une autorité responsable mai surtout savoir reconnaître avec recul sa limite pour  faire appel à des appuis techniques bien avant que la rupture du contrat n’intervienne.

Pour avoir participé dans le cadre de son écosystème, à la mise en place d’une cellule de médiation, nous avons pu constater d’abord l’immense bonne volonté de nos interlocuteurs mais aussi leur dénuement devant des situations avec de graves manquements.

Du jeune en souffrance familiale, à l’entreprise qui ne paie pas le jeune apprenant, en passant par un problème de santé non détecté avant la signature du contrat qui rend le métier impossible ou d’une culture ancestrale ancrée qui fait aborder l’apprenti comme un moins que rien, chaque cas avait un point commun, le dernier contact datait de plus de trois mois et jamais officiellement pour donner du protocole à la situation.

Crainte du CFA de perdre une entreprise, pas de croyance en l’apprenti majoritairement taxé de problème éducationnel (il y en a bien entendu) pas de véritable validation du projet professionnel, dialogue quasi absent avec les parents, la complexité des enjeux sociétaux de la situation d’apprentissage sont mis à jour et pose concrètement la question de l’évolution des mœurs mais aussi des modes d’apprentissages.

  • Impact direct sur les enseignants qui doivent s’adapter à des jeunes natifs digitaux mais souvent faiblement matures relationnellement.
  • Impact sur les entreprises qui doivent bâtir un plan de développement des compétences et veiller au respect du droit du travail (“Non, Monsieur, les heures de cours ne sont pas facultatives, oui vous devez le mettre en condition d’apprentissage sur le métier qu’il apprend et pas un autre qui vous arrange”).
  • Impact sur les structures d’apprentissages qui doivent étoffer leurs compétences managériales et piloter autrement et notamment les enseignants et la relation entreprises/Jeune /enseignants.

Pour tenir les engagements inscrits dans la loi avenir professionnel pour tous et notamment la réduction du nombre de rupture qui impactera désormais leur budget de fonctionnement, les CFA vont avoir besoin d’appui des OPCO bien sûr, d’acteurs sociaux externes également, mais aussi dans la réflexion stratégique globale pour amener à travailler ensemble des acteurs qui souvent ont travaillés chacun de leur côté. Les CFA qui tireront leur épingle du jeu sont ceux qui se mobiliseront de manière innovante et plurielle en prenant en compte cette complexité comme un enjeu mutationnel positif.

Pour en savoir plus, contacter jf.soum@inteam-consultants.com

| Article rédigé par Cécille BARBE – Responsable du Pôle Ressources Humaines |